L'affaire Mohsine Yajour
Flash back
Cela fera bientôt un an que l'affaire Yajour a vu le jour, une affaire qui avait fait couler beaucoup d'encre et qui en fera couler davantage avec l'arrivée de Mohsine Yajour au RCS Charleroi.
Pour rappel, Yajour avait fait la une des quotidiens marocains suite à sa fugue surprise en 2007 après un tournoi d'été joué en Suisse, deux joueurs du Raja Club Athletic et de l'équipe nationale espoir avaient faussé compagnie au reste de l'équipe à l'aéroport de Genève alors qu'ils étaient convoqués pour rejoindre l'équipe nationale olympique en partance pour la Guinée. Saïd Fettah et Mohsine Yajour, en quête de reconnaissance internationale, avaient trouvé le moyen de s'évanouir dans la nature helvétique et prolongeant, par la même occasion, leur séjour dans ce pays, si Fettah est rentré au pays quelques jours après sa fugue, Yajour, quand à lui, avait disparu pour réapparaître trois mois plus tard dans un club de seconde zone sans aucune ambition et bien en deçà des espérances du joueur.
Quelques clubs avaient pris contact avec le Raja Club Athletic dans le but de s'attacher les services de l'attaquant international Mohsine Yajour ; Les propositions de Strasbourg, qui souhaitait l'engager, sont restées sans suite après une semaine de test, Le Raja avait pourtant fait le nécessaire pour permettre au joueur de se rendre en France, mais voila, le joueur n'avait pas convaincu le montant réclamé par le Raja était pour le moins excessif ; quand au club helvétique de Chiasso qui supervisait le joueur, après une première requête du Raja, Le FC Chiasso avait offert 350.000 euro payable uniquement après une première saison convaincante du joueur et à condition que son maintien en D2 suisse soit garanti, cette proposition pour le moins étrange était loin de répondre aux exigences légitimes du club rajaoui qui réclamait et réclame toujours, et à juste titre d'ailleurs, que le transfert de Yajour se fasse en bonne et due forme et selon les procédures et lois en vigueur.
Quoi de neuf ?
Suite à cette affaire, le Raja avait intenté une action auprès de la FIFA exigeant le respect du contrat le liant au joueur et le respect de la procédure de transfert établie par la fédération internationale, le Raja continue de réclamer les frais liés à la formation du joueur et a introduit un second dossier auprès de la FIFA suite à l'arrivée de Yajour chez les Zèbres de Charleroi.
Dans le cadre de cette nouvelle affaire et suite à l'arrivée prochaine du RCS Charleroi au Maroc dans le cadre du tournoi Summer Cup, nous avons contacté le secrétaire général du Raja, Mr Saïd Bouzerouata, afin d'en savoir un peu plus sur les motivations du club rajaoui et sur la suite que ce dernier donnera à cette affaire, une affaire qui n'est pas prête de trouver une issue tant les intérêts des protagonistes sont divergents.
Joint par téléphone, Mr Bouzerouata a tenu à nous préciser les choses dès le départ en soulignant que « Charleroi a engagé le joueur en avançant qu'il était libre de tout contrat alors que Yajour n'avait bénéficié que d'un certificat de sortie provisoire délivré au mois d'octobre 2007 par la Fifa autorisant l'affiliation temporaire du joueur auprès du FC Chiasso, L'affaire est en litige devant la chambre de résolution des litiges et Yajour est lié au Raja par un contrat professionnel de 5 ans qui arrivera à échéance fin 2009. »
D'après la loi Bosman et selon les règles de l'URBSFA, de l'UEFA et de la FIFA ; Pour les transferts internationaux, un certificat international de transfert doit être délivré quand toutes les obligations entre les deux clubs ont été réglées. D'après Mr Bouzerouata, Le juge unique de la FIFA n'a jamais donné raison audit joueur, il a simplement délivré un certificat provisoire en attendant une issue à ce litige, les mêmes propos ont été tenus par son président Mr Abdellah Rhallam qui avait déclaré « Nous avons un dossier bétonné qui plaide en notre faveur et qui atteste que le joueur est sous contrat avec le Raja. Nous avons transmis un dossier volumineux de 80 pages à la FIFA par le biais de la FRMF. Maintenant, la décision revient à la FIFA. »
Le 5 juin 2008, La FIFA a adressé une lettre à la fédération suisse l'informant que le club marocain Raja Club Athletic a porté plainte contre le joueur Mohsine Yajour et contre le club FC Chiasso auprès de la FIFA, Selon les affirmations du club marocain, le joueur Mohsine Yajour a quitté le club sans préavis et sans autorisation et donc rompu le contrat de travail avec son club le Raja Club Athletic. L'affaire est toujours en cours et aucune décision n'a été prise à ce jour. On apprenait un peu avant cette date que Yajour aurait signé un contrat de deux ans avec Charleroi
Récemment, Le Raja a envoyé une lettre au club Belge de Charleroi pour l'informer que le joueur Mohsine Yajour était toujours sous contrat avec le Raja Club Athletic, Profitant du flou juridique et de la fragilité du contrat qui ouvre la porte à une multitude d'interprétation, Le RCS Charleroi a lui aussi trouvé la faille pour faire signer un contrat de deux ans au joueur prétextant que ce dernier était libre de tout contrat et que son seul interlocuteur reste le FC Chiasso et l'agent du joueur. En réponse et pour défendre ses intérêts, le Raja a saisi la FIFA de cette nouvelle affaire et a introduit une seconde requête devant la commission des litiges.
Que dit Yajour ?
De son coté, Yajour, très discret depuis sa fugue reste injoignable, nous n'avons pas pu entrer en contact avec lui pour avoir sa version des faits, néanmoins, on peut analyser ses rares déclarations dans la presse pour imaginer l'avis de celui qui tient le rôle principal dans ce feuilleton ; « J'ai une situation régulière avec l'équipe de Chiasso après la décision rendue par la FIFA en ma faveur il y a une semaine, une décision que le club suisse attendait depuis un certain temps puisque son président est spécialiste de pareils affaires sans parler de ses relations avec la FIFA... »
« La relation avec le club de Chiasso remonte à Juillet dernier lorsqu'un responsable du club a contacté mon agent Mounir el Hassouni lors de la rencontre entre la sélection olympique du Maroc est celle du Mali à Rabat. »
Au début de l'année, Yajour avait déclaré au sujet de son test au RC Strasbourg « J'y ai effectué un stage en janvier 2007, mais le Raja demandait une somme de transfert mirobolante qui a effrayé les dirigeants..., Je suis en contact très régulièrement avec le directeur technique du club alsacien. Je travaille sans relâche pour franchir ce cap en 2008.» ; le jeune international marocain a du revoir ses ambitions en baisse pour finalement s'engager avec Charleroi, un club connu pour avoir des relations très tendues avec la fédération marocaine suite à l'affaire Oulmers,
D'après un journal belge, Yajour aurait déclaré « "Finalement, j'ai pu disputer le second tour avec le FC Chiasso ", et de reprendre " Je n'ai pas pu éviter la culbute du club en D3 car les joueurs avaient une mauvaise mentalité... Et dire que quelques mois auparavant, j'étais cité à Barcelone! Au mois d'avril, j'ai passé un test à Grenoble mais les dirigeants de Chiasso demandaient une somme folle pour mon transfert. Finalement, j'ai su rompre mon contrat ".
Deux contrats de travail rompus en une saison est un vrai exploit en soi, cela dit, on ignore les clauses et les conditions du contrat qui liaient le joueur au club suisse de Chiasso.
Les acteurs de l'affaire
Intéressons nous maintenant aux différents protagonistes de cette affaire et essayons de mettre en évidence celui ou ceux qui ont le plus à gagner avec ce genre de transfert pour le moins sulfureux.
- Le Raja Club Athletic se voit priver d'un joueur officiellement et contractuellement lié au club jusqu'en fin 2009, Le Raja perd tous les bénéfices liés à un transfert qui se déroule en bonne et due forme, le club se voit également priver des frais liés à la formation du joueur, il fait figure de victime dans cette affaire et par conséquent c'est le plus grand perdant au jour d'aujourd'hui.
- Mohsine Yajour, jeune joueur très prometteur voué à une grande carrière internationale semble avoir confondu vitesse et précipitation, En quête d'argent puisque c'est l'argument avancé pour justifier la rupture de son contrat avec le Raja, le joueur a privilégié une aventure hasardeuse et déstabilisante à une carrière réfléchie ; Courageux, trop ambitieux ou mal conseillé, il n'en demeure pas moins que cette affaire aura de lourdes conséquences sur son évolution sportive. Est-ce que le jeu en valait la chandelle ? Seul l'avenir du joueur nous le dira.
- Mounir el Hassouni, agent de Yajour, Il mise sur les joueurs de l'équipe nationale et les pros marocains en Europe. scout, agent et manager à la fois, el Hassouni ne fait pas dans les sentiments, sa principale motivation,comme tout agent qui se respecte, est de faire des profits grâce aux commissions prélevées sur le transfert de joueurs, des commissions qui dépassant parfois les 20%,
- Le FC Chiasso, fondé le 16 octobre 1905 par l'association « Grotto del Carlino ». Les sponsors d'alors étaient Felix Regli et César Chiesa, employés aux services télégraphiques des chemins de fer suisses, auxquels s'ajoutaient Angelo Somaglino et Romeo Sorio des chemins de fer italiens, A signaler que le club est dirigé depuis 2006 par l'ancien international suisse Marco Grassi, un président qui a pris la fâcheuse habitude de modifier son groupe de fond en comble à peu près tous les six mois, il fait habituellement ses emplettes de l'autre côté de la frontière et enrôle à tour de bras en Italie.
- Le RCS Charleroi hérite d'un joueur de qualité officieusement libre de tout contrat, le club belge est également le grand gagnant dans ce dossier, du moins pour l'instant. Le président Abbas Bayat connaît très bien M. el Hassouni puisque ce dernier est l'agent d'un autre espoir marocain S.Sbai, ce dernier aurait déclaré « Le Raja n'a pas cessé de lui mettre des bâtons dans les roues, le club marocain a vraiment gâché sa carrière. Les dirigeants ont été malhonnêtes avec lui. Finalement, en septembre dernier, la FIFA a donné raison à Mohsine... » une prise de position qu'il faut lire avec la prudence qui s'impose
Moralité :
La sympathie que nous portons à nos joueurs et leurs intérêts personnels ne doivent pas se faire au détriment des intérêts d'un club qui fait vivre des centaines de personnes, et ce en faveur de clubs étrangers qui acquièrent nos joueurs à bon prix voir gratuitement comme dans cette affaire,
Ils sont des milliers de joueurs marocains locaux qui acceptent et vivent correctement avec leur salaire combiné aux différentes primes, d'après les estimations, un joueur de bon niveau, correcte et régulier arrive à empocher pas moins de 20.000 DH par mois, un montant assez conséquent si l'on se réfère au niveau de vie dans notre cher pays.
Dans l'affaire Yajour, l'argument financier parait peu crédible d'autant plus qu'un joueur de sa trompe, international qui plus est, perçoit beaucoup plus qu'un modeste joueur du GNF. Le problème est d'un autre ordre car tant que la culture du professionnalisme au Maroc reste encore à son balbutiement, certains joueurs se feront encore embarquer dans des aventures hasardeuses sans tenir compte du code de déontologie de la profession qui stipule le respect total des clauses contractuelles, L'attrait du gain d'argent pousse certains de nos joueurs facilement influençables à privilégier ce genre d'aventure plutôt qu'une carrière paisible et progressive, d'autres préfèrent briller dans leur club en attendant une proposition étrangère, nombreux sont ceux qui ont embrassé une carrière professionnelle de haut niveau sans entrer en litige avec leurs clubs formateurs.